Lettre 06

C'est une question qui plane dans l'air de chaque atelier, musée et galerie : la mode est-elle de l'art ? À la base, la réponse la plus honnête est à la fois oui et non. Par sa nature première, la mode naît du besoin. Nous avons besoin de nous couvrir, de chercher de la chaleur, de protéger nos corps. Dans ce sens purement fonctionnel, un vêtement n'est pas différent d'un pot en céramique ou d'un rideau de fenêtre. Il sert un but.

Mais tout change lorsqu'une pièce est créée dans les règles de l’art.

Pour comprendre où cette frontière est tracée, j'observe un vêtement à travers trois dimensions distinctes :

  • Fonction : la réalité physique d'être portable.

  • Intention : le poids intellectuel — le concept, la philosophie, l'histoire ou le message silencieux tissé dans le tissu.

  • Savoir-Faire : la maîtrise de la main — les techniques ancestrales comme le crochet, le tricot et la broderie qui donnent forme physique au concept.

 

L'art pur ne nécessite aucune fonction ; il est entièrement contemplatif. Il existe simplement pour être. C'est la frontière ultime entre l'art pur et le vêtement. Si un vêtement possède un message intellectuel fort et un savoir-faire à couper le souffle, mais abandonne complètement sa fonction — devenant impossible à porter — alors il devient de l'art à 100 %. Par exemple, nous pouvons observer la Wobbly Dress de Caroline Broadhead.

À l'autre extrémité du spectre se trouve la Fast Fashion : un monde de pure fonction, dépourvu d'intention, où le savoir-faire est inexistant et où le seul objectif est la surproduction.

Un peu plus haut dans le spectre, nous trouvons la Design Fashion. Ici, la recherche intellectuelle va plus loin — explorant des matériaux innovants, des formes expérimentales et des designs uniques — et pourtant les pièces sont finalement produites en série. Cette sérialisation est précisément le point où je crois que la dimension artistique se perd. Dans cette même catégorie, j'inclurais également les collaborations entre marques et artistes, comme les sacs Louis Vuitton conçus avec Murakami et Kusama. Dans ce cas, l'accent est davantage mis sur la popularisation d'une œuvre d'art unique déjà existante, plutôt que sur la véritable conversion d'un article de mode en quelque chose d'unique.

Lorsqu'il s'agit de mode exposée dans les musées, je crois que ce n'est pas automatiquement de l'art. En raison de sa nature tri-dimensionnelle, un vêtement peut être exposé pour différentes raisons — servant souvent de magnifique témoignage historique d'esthétiques passées ou de coutumes sociales — mais cette seule présence en expositions ne le définit pas comme de l'art. Certes, un vêtement peut satisfaire les trois dimensions et être considéré à tous égards comme de « l'art à porter », mais c'est une qualité qu'il renferme en lui-même, qu'il se trouve ou non dans un musée.

De plus, la mode qui est simplement « inspirée par l'art » ne peut pas être considérée comme de l'art elle-même uniquement en vertu de son inspiration. Un vêtement de fast fashion avec une esthétique inspirée de Monet ne deviendra clairement pas de l'art, de même qu'un chef-d'œuvre sans aucune référence artistique peut indéniablement être considéré comme artistique — même si nous voyons souvent de grands chefs-d'œuvre réinterprétés dans la Haute Couture, comme la collection légendaire de 1988 d'Yves Saint Laurent, où les Tournesols et les Iris de Van Gogh ont été traduits en vestes avec une précision presque déconcertante de perles et de paillettes.

Pour moi, la Haute Couture est ce qui se rapproche le plus d'un art que l'on peut porter. Elle atteint cet espace lorsqu'une véritable intention — un concept artistique d'expression ou d'expérimentalisme — est à la base de la collection, se manifestant à travers des techniques artisanales de niche et d'innombrables heures de travail manuel. Elle devient un objet d'une maîtrise si profonde qu'elle ne perd absolument rien de sa valeur, même lorsqu'elle n'est pas portée.

La Philosophie d'Arthenéa

Lorsque j'ai fondé Arthenéa, j'ai choisi d'ancrer mon travail précisément dans ce dialogue. Ma décision d'inspirer les collections directement des peintures classiques n'est pas une tendance superficielle. C'est une nécessité.

Pour moi, la peinture est l'étincelle et l'artisanat est mon médium. La broderie complexe de perles, la géométrie rythmique du filet crochet, la patience du tricot — ce sont mes coups de pinceau. Ils sont la transmission physique du travail, du temps et du dévouement.

Arthenéa existe dans cet espace splendide et rigoureux apparenté à la Haute Couture. C'est une collection d'artefacts à porter nés d'un profond travail artisanal, porteurs d'un message fort de lenteur et d'intentionnalité. En liant mes mains directement à l'histoire de l'art, je vous invite à regarder un vêtement comme vous regarderiez une toile : avec révérence, avec émerveillement et avec la conscience de l'âme humaine déversée dans chaque fil.

Avec soin et intention,

Marie

Arthenéa